Épisode 2 : Suivre le fil đź§¶ …
Dans l’Ă©pisode prĂ©cĂ©dent, je vous racontais le dĂ©but de mon parcours, comment je suis littĂ©ralement tombĂ©e dans le monde de la laine et j’ai dĂ©couvert la possibilitĂ© d’une filière laine locale. Ce n’Ă©tait que le dĂ©but du parcours… Nous voilĂ en 2014. Ă€ force de tricoter et de manipuler des fils de laine, je me demande de plus en plus souvent comment ces fils sont fabriquĂ©s, quelles sont les Ă©tapes qui permettent de transformer une toison de mouton en un fil rĂ©gulier ?J’ai bien sĂ»r dĂ©jĂ entendu parler du filage de la laine : filatures, rouets, fuseaux et quenouilles, mais tout ça est très confus et manque de concret. C’est quoi au juste un fil ? Je commence Ă regarder des vidĂ©os en ligne pour comprendre le principe du filage industriel et manuel. Puis je dĂ©couvre le forum du filage et ses membres passionnĂ©e·s qui m’apportent de nombreuses rĂ©ponses et gĂ©nèrent de nouvelles questions !

Sur un marchĂ© je rencontre une lainière qui vend des kits d’apprentissage du filage avec un fuseau suspendu et diffĂ©rentes qualitĂ©s de laine cardĂ©e. C’est parti, je me lance pour apprendre seule.
Je comprends le principe mais n’ai pas la technique. Le fil casse et le fuseau tombe, encore et encore…
Je rĂ©alise que je suis en train de me dĂ©courager et risque de complètement me dĂ©goĂ»ter. Pour ne pas continuer dans cette spirale je range le fuseau et dĂ©cide d’acheter un rouet. C’est plus cher, plus encombrant, mais je devrais bien trouver quelque chose !
Je trouve mon premier rouet dans une brocante, le vendeur m’assure qu’il est fonctionnel : la roue tourne lorsqu’on actionne la pĂ©dale. En fait c’est un rouet de dĂ©coration qui n’a jamais Ă©tĂ© destinĂ© Ă filer. La pĂ©dale fonctionne et la roue tourne, mais la bobine et l’Ă©pinglier ne font qu’une seule pièce et il n’y a pas de trou pour passer le fil. Il est joli mais ne va pas beaucoup me servir !
Sur le forum du filage une fileuse bretonne vend un rouet ancien, et lĂ je suis certaine qu’il est fonctionnel. Non seulement elle me montre son fonctionnement mais elle prend le temps de m’initier et guider mes gestes, il me reste beaucoup Ă apprivoiser mais les bases sont lĂ .


Ă€ partir de lĂ on ne m’arrĂŞte plus : je file dès que j’ai un moment de libre. Je progresse rapidement, mes fils sont de plus en plus fins et rĂ©guliers et les tricots avancent de moins en moins vite !
Lorsqu’on commence Ă maĂ®triser les gestes et qu’on peut se dĂ©tendre, la pratique du filage est particulièrement mĂ©ditative. Je suis absorbĂ©e par la vision du fil en formation et le mouvement de mes pieds et mes mains. Je perds vite toute notion du temps d’autant plus qu’il n’y a pas vraiment de repères rĂ©guliers auxquels se raccrocher. Seul point nĂ©gatif : mon rouet n’a qu’une seule bobine, ce qui m’oblige Ă transfĂ©rer le fil de la bobine vers un autre support (le must : les rouleaux de papier toilette) avant de le retordre. C’est une Ă©tape un peu longue et pas très agrĂ©able. L’orifice du rouet est assez petit Ă©galement, ça m’oblige Ă filer plutĂ´t fin et je sens que je serais vite limitĂ©e si je veux m’essayer Ă du filage fantaisie.
J’ai surtout envie d’Ă©changer avec d’autres fileurs et fileuses, d’Ă©changer des matières, de partager des techniques, ou juste de papoter en filant comme on peut le faire en tricotant. Ă€ l’automne 2016 je dĂ©cide de me rendre aux JournĂ©es nationales de la laine, Ă Felletin dans la Creuse, armĂ©e de mon petit rouet.
Et lĂ c’est le choc : les 3 jours sont bien trop courts pour tout voir, entre visites d’entreprises textiles et la partie salon oĂą exposent de nombreux·ses artisan·es lainier·es, d’autant plus que j’ai envie de filer ! C’est lĂ que je rencontre pour la première fois les bĂ©nĂ©voles de PĂ©daler pour la Paix : une aubaine pour mes fils produits juste pour le plaisir, ils pourront maintenant soutenir des solidaritĂ©s dans le domaine textile au lieu de dormir dans mes placards.
Je rencontre aussi des fileuses de toute la France, tout aussi mordues que moi. Je dĂ©couvre qu’il existe une variĂ©tĂ© infinie de rouets de fabrication moderne bien plus confortables que mon vieux coucou, mais Ă des tarifs bien moins abordables !
Et sur un rouet utilisĂ© par une de mes voisines, une Ă©tiquette « à adopter ». C’est quand mĂŞme un investissement mais maintenant je sais que je vais l’utiliser. Je repars avec, il est souple, silencieux, j’ai l’impression de rouler en Rolls-Royce !

En 2017, AurĂ©lie avec qui j’Ă©change sur le forum du filage me propose de participer Ă une rencontre de fileuses bretonnes pendant un week-end dans la forĂŞt de BrocĂ©liande. Quasi personne dans le groupe ne s’Ă©tait encore rencontrĂ©e « en vrai » jusqu’ici, pourtant notre passion pour le textile (et l’apĂ©ro ?) nous rassemblent rapidement et ce 1er week-end sera le prĂ©lude Ă des rencontres et des Ă©changes rĂ©guliers encore aujourd’hui. Le groupe des copines « filouses » Ă©tait nĂ© !
Vous le devinez, faire partie d’un groupe qui partage la mĂŞme passion permet de crĂ©er de l’Ă©mulation, de s’entraĂ®ner mutuellement dans la dĂ©couverte d’autres horizons. Les filouses ont jouĂ© un rĂ´le très important dans mon parcours de formation et de crĂ©ation d’activitĂ©. La suite dans les prochains Ă©pisodes !